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Biographie de Francis Eck.

CRITIQUES

François de Caunes - 2002 Gérard Xuriguéra - 1995 Gérard Xuriguéra - 1994
Renault - Twingo

Francis ECK, « MAITRE D’ASTRES ET DE NAVIGATION »

Analyse picturale par François de Caunes, Paris 2002 - Extraits -
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Une vie, un tableau.
Les rythmes se déploient dans la clarté frissonnante des couleurs. Pas de trace de labeur. Cette peinture gestuelle est d’une seule venue. « L’essentiel se passe dans mon hamac où je médite longuement. Puis je me lève et je fais cinq tableaux ».
Francis Eck est un vieux compagnon des philosophies orientales. Il se prépare à la création comme à un sport de combat : sumo ou tir à l’arc des arts martiaux japonais. D’abord une longue méditation « fait le vide ». L’artiste doit « baisser la garde » pour se libérer des préjugés, croyances, principes éducatifs, histoire, images iconiques, psychologisme et autres « marécages », scories du passé et de la culture qui pollueraient le geste créatif. Comme dans le shinto il accède au contact avec les vibrations des énergies célestes - la vibration fondamentale de l’univers. Vient alors la lente montée de la tension créatrice.
Puis arrive « le moment où toutes les fréquences sont à leur optimum ». Alors il faut frapper, c’est le « hitting point », Nicolas de Staël parle de « se ruer » sur la toile : peindre et rapidement s’arrêter, car sinon on est vite repris par la médiocrité d’un discours esthétisant.
Donc l’action est rapide et brève. Certains formats d’assez grande taille sont peints en une dizaine de minutes. Cette efficacité dépend de la qualité de la préparation méditative. « Plus je fais le vide, et plus le geste est rapide, plus le tableau est en accord avec ce que je ressens ».
Il n’y a ni reprises ni repentirs, ni buts ni objectifs. Comme dit un maître japonais : « L’art véritable est sans but et sans intention. Plus on veut y atteindre et moins on y parvient. C’est la volonté trop tendue vers une fin qui est un obstacle ». Et le peintre abstrait américain Helen Frankenthaler : « Ce que je recherche ne peut être obtenu en tourmentant le tableau, en le reprenant, en le rattrapant. J’essaie de faire en sorte que ni l’action de peindre ni le résultat final ne deviennent des pièges de la beauté. »
Le tableau n’est pas un commentaire que nous livrerait l’artiste sur tel ou tel sujet, il est sa vie même dans sa vérité totale, comme une vision panoramique de lui, de ses goûts, de ses choix, de ses expériences, donnés à voir par l’expression d’un geste libre. Comme dans le tir à l’arc des arts martiaux japonais : « Principe fondamental : une vie, un tir. Engagez toute votre vie au tir d’une flèche ». L’artiste se livre de façon instantanée dans un engagement total de sa personne.
Ce brusque jaillissement ne donne rien de brouillon ni de désordonné mais au contraire un moment musculaire parfaitement maîtrisé, à la fois aux niveaux mental et technique. Le tableau est soumis à des règles simples : couleurs primaires, épaisseur des pigments, organisation en trois plans, symétrie et équilibre des masses.
Cependant Francis Eck ne se rétracte pas dans une vision en rupture de la réalité et du monde réel, comme le ferait Rothko ou les artistes américains « post-painterly » qui se réclament aussi des philosophies orientales. Ses œuvres n’évoquent nullement le vide ou l’absence, ni l’extinction du désir. Il n’abandonne pas les signes et conventions de l’art occidental dont les plus évidents sont le cadre de la toile, la composition et l’équilibre des masses et des couleurs, les contraintes et servitudes d’une exposition traditionnelle au regard du public…/…

La Nature dans ses états « sublimes ».
Dégagés des contraintes la représentation d’objet et de tout paysagisme, les tableaux de Francis Eck évoquent des genèses cosmiques dans lesquelles la nature déploie ses qualités ontologiques : élémentarité, profondeur, puissance, pureté, harmonie. Les couleurs primaires par effets de volume et de contraste irradient la force émotionnelle de leurs qualités symboliques.
Cette nature n’est pas « zen », comme le reflet du flux éternel des choses. Elle n’est pas non plus « terrible », agressive ni menaçante, elle n’inspire pas la terreur respectueuse des romantiques ni la souffrance chrétienne. Elle se donne à voir sans mystère ni transcendance dans la seule contemplation de son propre mouvement. C’est la « natura naturans » de Spinoza et d’Holbach, qui se suffit à elle-même et déploie librement ses modes et attributs, et dont Klee faisait son principe de création artistique.
Cette vision répond assez bien à l’idée kantienne « cosmologique » d’un monde intelligible que la nature exprime et même révèle - à travers le geste de l’artiste - en une sorte d’accord et de réconciliation avec l’homme. Guidé par le pouvoir évocatoire des couleurs, le regardeur circule dans des espaces rythmés où s’affirment à la fois l’ordre et la cohérence sublimes des forces de la nature et les émotions intimes de l’âme.
Les méthodes automatiques, l’utilisation dépersonnalisée du couteau et des couleurs primaires donnent une ampleur mécaniste dominée par la luminosité, la simplicité et la clarté. C’est un langage direct et franc, non gâté par un subjectivisme abusif. Quoique triomphante dans son mouvement inexorable, et traversée de ruptures et de séismes, la nature de Francis Eck reste un lieu de synthèse et de calme, un « horizon de sens » riche de mondes possibles, où l’homme moderne peut librement s’épanouir de façon active et indépendante.
Nous sommes proches de « ce contact profond avec l’universel » dont parle Bazaine, qui est lié à une communication intime avec la nature et qui est au cœur de la création artistique abstraite. Proches de l’ « émotion pure » dont parle Barnet Newman et qui tend vers ce « plus » de la nature qui la rend plus vraie que nature : « le sublime ». …/ …


© 1999-2007 Francis ECK