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Biographie de Francis Eck.

CRITIQUES

François de Caunes - 2002 Gérard Xuriguéra - 1995 Gérard Xuriguéra - 1994
Renault - Twingo

Francis ECK, DES EFFERVESCENCES SOLAIRES
GERARD XIRUGUERA

Analyse picturale publiée
dans le Magazine « Cimaise » N° 33 –Nov. Déc. 1994

Parmi les artistes des années 1980, tous n’ont pas emboîté le pas des figurations sauvages à base de graffitis urbains, d’emprunt à l’art nègre ou à la bande dessinée, dans une facture volontiers primitiviste. Tous n’ont pas cédé aux sollicitations d’une peinture « cultivée » émaillée de citations mythologiques, ou aux appels d’une abstraction en mal de renouvellement, dite analytique, ni encore à l’amalgame plus récent opéré par beaucoup de jeunes artistes, entre la figuration arraisonnée par bribes et l’art abstrait comme support.

Dans leur affrontement avec le réel, certains peintres ont choisi le parti de la fidélité à la ligne indirecte de leurs débuts, en interrogeant inlassablement les aléas du visible, pour affiner la synthèse de leur problématique. C’est le cas de Francis ECK, qui a su tenir le pas gagné, et trouver graduellement les appuis intérieurs nécessaires au dépouillement de son écriture. Ce faisant, en concentrant l’intensité de ses accords et en ramassant au maximum les énergies dégagées, il a pu, en relativement peu d’années, se forger un vocabulaire qui tire son impact et sa cohésion « du refus de l’arrangement favorable ». Car sa peinture, en dépit d’une pensée organisatrice qui régule les masses juxtaposées, ne rencontre son plain-chant que dans le mouvement rebelle de ses composantes. Mais au-delà des formes frémissantes et tremblées qui en gouvernent allusivement le flux, ce sont les épaisseurs glissées de la matière et ses pouvoirs de cristallisation, qui déterminent l’expressivité sonore de cet art également dru et souple.

En conséquence, Francis ECK utilise le couteau pour structurer ses rythmes davantage solaires que tourmentés, qui se télescopent, s’emmêlent et se répondent, cimentés par la touche mouvante et dominée d’une gestualité tranchante. Dans ses surfaces en ébullition, où respirent de larges zones lacunaires, les hautes pâtes s’ébranlent, onctueuses, éclatent en plusieurs centres indéfinis, et se répandent, fondamentalement, à l’horizontale ou à la verticale, dans une chaîne de ramifications solidement pétries par une main alerte et retenue, qui déconstruit et reconstruit simultanément le tableau. Ceci, sans altérer la lisibilité globale du motif, esquissé en filigrane dans les cadences mitoyennes qui en constituent l’ossature.

Il n’est donc pas questions, dans ces aires accidentées aux coloris ardents, d’évacuer la thématique sous la densité heurtée de la substance fondatrice, même si, à première vue, le référent fait d’emblée place à la ronde des valeurs mises en perspective, plus qu’à la ressemblance. Néanmoins, l’intitulé des œuvres nous aide aussitôt, s’il en était besoin, à fixer nos repères géographiques et sensitifs. « Ballade en Caraïbes », « Alizés au crépuscule », « Entre ciel et mer », nous entraînent derechef, au fil de leurs agrégats de matière secouée, dans le sillage de ces climat telluriques, aquatiques et ventés, où flottent les parfums et les saveurs des petites Antilles.

On l’aura compris, Francis ECK vit dans une de ces îles qui portent au rêve les citadins engourdis par les frimas parisiens. Au départ enseignant, il décide de se consacrer totalement à la peinture. Dans le but de travailler à l’aise, au large des tribulations théoriques du milieu de l’art, il s’établit à Saint-Martin, dans le département de la Guadeloupe. Il s’imprègne alors de son environnement, pour recomposer dans son atelier, les paysages et les atmosphères que son imagination lui suggère. Familier de l’espace ouvert, il ne conçoit pas de frontière étanche entre figuration et abstraction. Il préfère entretenir, loin des querelles désormais obsolètes, une connivence entre l’enfoui et l’identifiable, n’ignorant pas, comme le faisait de Staël, « qu’il y a toujours un sujet qu’on le veuille ou non ». Et ce sujet, qu’une approche distraite pourrait nous autoriser à croire escamoté, immisce constamment sa présence dans les évocations paysagées offertes à la subjectivité du spectateur. Dans « Falaise aux oiseaux » (par exemple), on éprouve, en amont et en aval, l’impression de vide, d’abord du ciel, légèrement agité et de la grève qui s’étale au pied d’un tressage en surplomb de plans resserrés et accotés, dont l’intrication syncopée soutient l’architecture vibratile des remblais. Bâti que les mêmes principes, « Ciel d’orage » achemine une dramatisation du champ, nimbée de sourds passages nocturnes, qui véhiculent dans leur axe médian des fulgurances incandescentes.

Rien n’est gratuit dans ces échanges effervescents et contrastés, tout y est juste, charpenté, mesuré, calibré. Chaque forme apparaît interdépendante de l’autre, aucune coulée chromatique brisée ou continue n’est dissociable du contexte, à quoi on ajoutera une harmonie et une élégance évidentes. Bien entendu, il serait loisible de déceler des paternités, mais la force de la conviction, la teneur de l’expérience vécue et le souffle recensés, dépassent les parentés et les hiérarchies, pour simplement exalter une joie de peintre roborative.


© 1999-2007 Francis ECK